AMON SETHIS – Part 0 : Nitocris, The Queen With The Golden Hair

Écrit par sur 16 mars 2021

« Dis donc, t’as pas une chronique à faire toi ? » C’est par cette phrase tant redoutée et dramatiquement réelle que Shyanna a répondu à mon 35ème lien vers un obscur groupe de New Wave Biélorusse. Oui, j’ai bel et bien une chronique à faire. Sauf que je n’ai pas envie de parler de musique. Je n’ai pas envie d’écrire, j’ai juste envie d’en écouter et d’attendre que ça se passe.

Sauf qu’après quatre mois, elle a raison. Il est grand temps que j’arrive à conquérir cette page blanche pour être à la hauteur de tout le talent et le travail des français d’AMON SETHIS. Surtout que leur album est l’un de ceux que j’ai le plus écouté, et le plus apprécié ces six derniers mois.

AMON SETHIS - Part 0

Sorti le 12/12/2020 Autoproduit.

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Tracklist :

01. The Legacy From The Past
02. Nitocris, The Queen With Golden Hair
03. My Sister, My Love, My Pharaoh
04. The Conspiracy
05. The Secret Letter
06. The Rise of Aoutef’s Army
07. Lost In The West
08. Desert Storm
09. Osiris, God Of The Dead
10. Mask Of Wrath
11. By The Torture
12. Eternal Love
13. The Blood Red templs
14. From Dust To The Stars
15. And Then Comes The Rain

Line-up :

Julien Tournoud (Chant)
Olivier Billoint (Guitares)
Laetitia Bertrand (Basse)
Sebastien Perrad (Batterie)
Adrien G. Gzagg (Claviers)

AMON-SETHIS-Band

Péplum épique et magnifique.

Histoire d’évacuer ça d’entrée de jeu et parce que ce n’est que du pinaillage, débarrassons nous des deux points qui fâchent.

Premièrement : L’album est d’une très grande densité et s’enquiller le tout en une seule fois peut s’avérer difficile pour quiconque n’est pas préparé à l’expérience. Avec 78 minutes pour 15 morceaux à tiroir et aux structures pas toujours évidentes, ça peut être difficile.

Deuxièmement : La production et le mixage ne sont pas toujours à la hauteur, notamment au niveau des voix. Face à un album de heavy prog velu comme ça, la voix de Julien Tournoud devrait en permanence servir de point d’accroche pour permettre à l’auditeur de ne pas se perdre dans la musique. Elle est trop souvent noyée au milieu du reste et ce n’est pas toujours évident de suivre les paroles (ou de comprendre la narration) à cause de ça.

Deux défauts donc qui peuvent se résoudre de manière extrêmement simple. Il suffit de réécouter l’album plusieurs fois pour en assimiler les différents composants et correctement apprécier les mélanges et expérimentation offerts par la formation.

Il faut dire que quand on a l’ambition de raconter le règne semi-légendaire de Nitocris, la première femme pharaon qui aurait régné vers -2152 pour une période de un à douze ans selon les sources, marquant la fin de la 6ème dynastie et pas reconnue par tous les égyptologues, dont l’existence même est sujette à débat, il y a fort à faire.

Et il faut bien le reconnaître, les grenoblois se montrent à la hauteur du récit, avec un album épique, varié, recherché, dont le foisonnement résonne comme la bande originale d’un péplum grandiose et glorieux. C’est un peu comme si la beauté visuelle du Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz rencontrait les innombrables conspirations de Game Of Thrones.

« Part 0 : Nitocris The Queen With The Golden Hair » atteint ses objectifs haut la main. Impossible de ne pas visualiser les immenses plaines de sable d’Égypte, se remplir d’une armée innombrable en écoutant « The Rise Of Aoutef’s Army », ou de ne pas imaginer Merenré, l’époux assassiné de Nitocris, prendre la forme du faucon d’Horus, pendant « My Sister, My Love, My Pharaoh ».

Si les émotions, les images et l’histoire se comprennent aussi bien, c’est avant tout grâce à Julien Tournoud. Le chanteur est encore une fois le pilier central d’AMON SETHIS. Son interprétation épique est très théâtrale, par sa façon de changer de registre vocal pour appuyer la narration et passer d’un personnage à un autre, est irréprochable en ne tombant jamais dans l’excès. Son attaque sur « Desert Storm », est magnifique de retenue et de justesse, parce qu’en ramenant d’un coup l’attention sur lui, il permet au morceau de ne pas aller trop loin, mais au contraire de se poser avant de d’exploser sur un refrain aux proportions titanesques.

Au début, régulièrement, j’ai mis pause, en me disant : « Attends, mais elles sont ou les guitares là ? ». Et c’est précisément, à la 3ème écoute de l’album, sur « Lost In The West », que j’ai eu le déclic. Les guitares sont utilisées ici comme un orchestre utilise ses premier violon. Si Olivier Billoint est mis en avant de manière parfaitement adéquate quand il le faut (l’intro frénétique « Mask Of Wrath », le refrain de « By The Torture » ou le solo de « Lost In The West ») il sait aussi se mettre au service des orchestrations, pour les rendre encore plus épiques et percutantes (« Osiris God Of The Dead », « The Conspiracy »). En s’incorporant ainsi dans le reste des instruments, le guitariste renforce la cohésion de l’ensemble pour un rendu d’autant plus grandiose.

Chapeau bas également au batteur Sébastien Perrad qui abat à lui tout seul le travail d’une section rythmique complète. Lui aussi, se met au service de la musique et de l’histoire racontée, avec des changements de rythmes et de structures qui n’ont pas dû être évidents à mettre en place. Il porte complètement « Lost In The West », sur lequel je vous mets au défi de ne pas suivre sa double pédale, qui file avec précision et légèreté. Maîtrise technique aidée par une utilisation habile des cymbales qui ne tombe jamais dans le cliché ou la facilité. Si l’album est long sans jamais être rébarbatif c’est en grande partie grâce à lui.

Et maintenant, il est temps de parler de la basse. Après environ 35 écoute de tout l’album, je n’aurais qu’un seul commentaire à faire : Laëtitia Bertrand est une tueuse. Pour vous faire une idée de son travail et de son apport, il vous suffit de regarder la vidéo de « Blood Red Temple ». Oui, c’est bien une basse six cordes fretless. Oui, elle est parfaitement utilisée. Oui, l’entendre prendre le lead sur « The Secret Letter » ou « Osiris God Of The Dead » est autant une surprise qu’un plaisir. Le parti pris est osé mais fonctionne parfaitement. En opérant de manière indépendante de la guitare et la batterie, elle trace son chemin en remplissant tous les vides avec brio et toujours la maîtrise, la précision et la sobriété qui sont les mots d’ordre de la formation.

Autre travail de fourmi devant lequel je suis obligé de m’incliner, ce sont les arrangements. J’ai trop souvent l’impression que, dans le métal, les orchestrations sont là « pour faire épique » dans le sens où tout est fait en amont, et que c’est rajouté après. Sauf que quand c’est fait comme ça, c’est souvent facile à entendre et ça « sonne » factice (l’exemple le plus criant c’est « S&M » de METALLICA). Sauf qu’ici, ce sentiment n’arrive jamais. Ça n’est pas épique parce qu’on a collé un orchestre derrière, c’est parce que l’histoire et les enjeux sont épiques que l’orchestre s’impose de lui-même. Tout se marie parfaitement et on oublie bien vite que les orchestrations sont programmées, tant elles sont parfaitement intégrées au reste et sonnent spontanées. Et j’avoue désormais espérer un concert géant avec un vrai orchestre symphonique.

Et c’est finalement là que réside la force d’AMON SETHIS. Au-delà de tous les qualificatifs que l’on peut trouver, au-delà de tous les pinaillages et de toutes les analyses, la formation peut se résumer en un seul mot : intelligence.
En ne perdant jamais de vue l’histoire globale, en ne s’oubliant pas dans des digressions et des démonstrations inutiles et surtout en mettant la musique au service de ce récit et non l’inverse, AMON SETHIS livre un album brillant à bien des niveaux et dont les défauts finissent par être submergé par les qualités.

« Part 0 : Nitocris, The Queen With The Golden Hair » est une tuerie de bout en bout. Et si certains morceaux ne se prêtent pas forcément à une analyse poussée (« Eternal Love » en tête), ils n’en demeurent pas moins incroyables. Je ne peux que vous encourager à le découvrir et le réécouter encore et encore, pour être vous aussi transporté dans cette Égypte légendaire dont l’inspiration fut probablement soufflée à AMON SETHIS par Thot et Hathor. Mais ceci est une autre histoire.


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