TRUCKFIGHTERS + SWAN VALLEY HEIGHTS

Ecrit par le 23 novembre 2019

En janvier 2018, après environ un an de silence, Ozo et Dango annonçaient mettre TRUCKFIGHTERS en pause pour une durée indéterminée, laissant tout une communauté de fans dans le désarroi le plus total. On pouvait les comprendre, vu leur rythme de travail quasi-stakhanoviste. Puis, passé le choc de la nouvelle, on avait fini par accepter un monde sans les princes du fuzz rock. Mais en mars 2019, sans prévenir, les voilà qui annoncent quelques festivals. Dans la foulée, ils confirment une tournée visant à célébrer (avec certes un peu d’avance) les 15 ans de l’album culte « Gravity X ». Alors forcément, impossible de les manquer. Surtout que leur précédent concert au petit bain avait été une énorme claque.

C’est donc en cette fin d’après-midi pluvieuse d’octobre qu’on retourne sur la péniche parisienne pour profiter de « Gravity X » de la fin jusqu’au début (comme ça on a quand même « Desert Cruiser » en point d’orgue, malins les suédois).

SWAN VALLEY HEIGHTS

SWAN VALLEY HEIGHTS

A peine les portes ouvertes que le merchandising est pris d’assaut. On en profite pour acheter deux trois trucs (ndShyanna : juste une casquette, un t-shirt, un triple vinyle et deux patchs…) et on va se placer pour profiter de la première partie.

Malgré la pause, le label Fuzzorama a continué son modèle : « petit catalogue, énorme qualité » et ce sont les allemands de SWAN VALLEY HEIGHTS dernière publication du label qui se produisent en ouverture ce soir.

J’ai eu pas mal de problèmes pour rentrer dans leur album « The Heavy Seed », jusqu’à ce que je comprenne que c’est le genre d’œuvre qui s’écoute dans un océan de calme et de concentration. Ma curiosité est donc grande de voir ces morceaux à tiroirs et ambiances très marquées passer l’épreuve du live.

Les premières notes d’ « Alaska » retentissent, et immédiatement on se mange dans la tronche le groove et la précision de la section rythmique. Andy Aquarius tape fort sans jamais forcer et il arrive facilement à aérer son jeu pour lui donner un relief et une profondeur impressionnante. Là où Chris Schmidt vient continuellement nous gratouiller derrière les oreilles avec une basse tantôt ronronnante, tantôt ronflante et déroule des lignes qui tiennent autant du riff massif que de la fondamentale sur laquelle les polyphonies viennent s’appuyer.

L’entente entre ces deux musiciens est telle que lorsque brutalement le pédalier du guitariste chanteur David Kreisl décide de faire des siennes, ils meublent cinq minutes de trou avec une petite jam improvisée qui permet de ne pas totalement flinguer le concert.

SWAN VALLEY HEIGHTS

Et sur cette fondation rythmique hyper solide vient se greffer David Kreisl. Le grand escogriffe est, malgré ses problèmes de pédalier, absolument impeccable ce soir. Ce sont ses riffs planants et méticuleux qui donnent à SWAN VALLEY HEIGHTS sa saveur si particulière et son côté atmosphérique si prenant. On a souvent l’impression qu’il fait son truc de son côté, sans avoir consulté les autres, et que quoi qu’il arrive, ça marche. Jusqu’à ce qu’il commence à chanter… Mais le problème ne vient pas de lui, vu que quand on l’entend il est impeccable. C’est juste que, comme à chaque fois dans les salles parisiennes, sur le premier tiers du concert, la voix est inaudible. C’est d’autant plus flagrant ici que les passages chantés sont rares et assez éparses dans les compositions mais restent parfaitement dosés. Heureusement, le problème sera un peu résolu sur la fin, et on pourra profiter pleinement des morceaux.

Après à peine 30 minutes de set, ils annoncent leur dernier morceau, à la surprise générale. Pas de panique, il s’agit de « The Heavy Seed », morceau fleuve de pratiquement 15 minutes, qui sera déroulé de manière exemplaire et plongera tout un public acquis au trio dans un plaisir non dissimulé. Il faut dire que les transitions et changements sont légions, et rendent donc l’ensemble redoutablement efficace et jamais chiant.

Après cette ultime claque, il est clair que SWAN VALLEY HEIGHTS vient de frapper un grand coup et de livrer un concert incroyable qui a ôté tous les doutes possible sur leur dernier album « The Heavy Seed ». Un grand moment qui valait à lui seul de venir ce soir.

TRUCKFIGHTERS

Ozo Dango TRUCKFIGHTERS

Le changement de plateau est l’occasion de voir que la température est montée d’au moins 15 degrés et que le petit bain se transforme progressivement en sauna.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tout le monde est prêt, la salle est pleine à craquer, une bande nous joue « Altered State » et il est évident que TRUCKFIGHTERS est attendu comme le messie. Sauf que ça me fait mal de l’admettre mais ça ne fut pas tout à fait le cas ce soir. Et on va commencer par ce qui n’a pas marché.

Je l’ai déjà dit plus haut mais il faut le répéter : les salles parisiennes me tapent sur les nerfs. Encore une fois, sur les premiers morceaux le chant d’Ozo est absolument inaudible. Ce qui flingue complétement un « A. Zapruder » pourtant parti sur les chapeaux de roues (même si une partie du public connaît les paroles par cœur et ne se fait pas prier pour chanter). C’est comme ça à tous les concerts et à force, ça devient pénible.

Et malheureusement, il y a aussi M. Toro, le nouveau batteur de la formation… Après avoir saigné tous les albums, j’ai parfaitement conscience que les parties de batteries de TRUCKFIGHTERS sont extrêmement exigeantes et qu’elles demandent une précision et une puissance continue qu’il est très difficile de tenir. Et sur de nombreux morceaux, le batteur s’en tire bien (« Intermission » et « Manhattan Project » sont très bien rendus par exemple). Mais globalement, il semble continuellement à la traine (l’intro de « Gweedo-Weedo » est douloureuse), manquant visiblement d’énergie et il donne l’impression de courir après ses compères sans jamais vraiment être avec eux.

Ce manque de cohésion fait que trop souvent les fins de morceaux sont brouillonnes et font retomber l’énergie globale du petit bain, ce qui les oblige à en donner deux fois plus pour relancer la machine sur le morceau suivant.

Ozo TRUCKFIGHTERS
Dango TRUCKFIGHTERS

Mais pour le reste, Ozo et Dango sont égaux à eux même.

En moins de deux morceaux, Dango dégouline de sueur et donne l’impression qu’il a avalé deux tonnes de caféine pure. Il saute partout, tout le temps, va tout le temps au contact des spectateurs… Il faut le voir s’amuser comme un petit fou avec le riff d’intro de « In Search Of (The) » et continuellement haranguer le public pour le faire chanter. Il descend même dans la fosse sur « Freewheelin ». Surtout qu’en plus d’être un showman hors pair, le guitariste reste redoutable avec son instrument. Il enchaine les riffs de tueur, avec une énergie qui ne diminue jamais et passe sans problème du stoner le plus fuzz (« Manhattan Project ») à une lourdeur presque doom sur « Superfunk ».

Du côté de son associé, rien ne semble avoir bougé en deux ans. Ozo commence le concert vissé à son pied de micro, sans bouger, déroulant des lignes de basses qui n’ont pas vieilli en 15 ans (« A. Zapruder » est une tuerie.) et beuglant dans son micro pour qu’on l’entende. Les morceaux s’enchainent, il se détend progressivement. C’est arrivé à « Gweedo-Weedo » avec son groove irrésistible qu’il commence, en réponse à l’énergie de Dango, à se lâcher, à se balancer d’avant en arrière, à headbanguer… Son jeu de basse se fait plus percutant et l’entendre martyriser son instrument sur le furieux « Freewheelin’ » est un pur plaisir. Il finira même par succomber et se jettera sur un public toujours ravi de le faire slammer.

Il faut dire que le public n’est pas en reste et mouille le t-shirt comme assez rarement, en beuglant son approbation et son excitation à chaque nouveau morceau. Les pogos agitent la fosse, les paroles sont chantées en chœur et on sent que 90% des gens présents ce soir sont des fans absolus.

Ozo Dango TRUCKFIGHTERS

Les premiers accords de « Desert Cruiser » retentissent, et brutalement tout le bateau se met à trembler, à tel point qu’on est heureux d’être bien amarrés. Comme par magie, toutes les pièces sont en place, et ce tube absolu sera rendu de la plus belle des manières, par un trio qui trouve enfin la cohésion qui lui manquait. En guise de rappel « Mexico » avec sa monumentale ligne de basse et surtout l’énorme « Mind Control » sur lequel Ozo est à 300%, viennent achever le travail, dans une odeur de bière et de sueur encore chaude, avec un petit bain dans lequel on frôle les 400°C.

C’est donc un peu mi-figue mi-raisin, qu’on ressort de cette soirée, contents d’avoir retrouvé TRUCKFIGHTERS (qui nous avait sacrément manqué pendant 2 ans), conquis par SWAN VALLEY HEIGHTS, mais avec le sentiment d’avoir assisté à un bon concert alors qu’on en attendait un grand. M’enfin bon tout ça ne m’empêchera pas d’y retourner à leur prochain passage parce que le moment fut tout de même fort agréable.

Setlist TRUCKFIGHTERS :
« Altered State » (sur bande)
« A. Zapruder »
« Intermission »
« In Search Of (The) »
« Manhattan Project »
« Gweedo Weedo »
« Subfloor »
« Superfunk »
« The Deal »
« Freewheelin’ »
« Momentum »
« Gargarismo »
« Desert Cruiser »
Rappels :
« Mexico »
« Mind Control »

Lien vers le site du groupe

Photos par Shyanna.


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