Interview BROKEN HOPE – Jeremy Wagner

Ecrit par le 16 mars 2018

Il est de ces interviews que l’on se doit de faire, pour la simple raison qu’on sent qu’elles vont nous apporter quelque chose, qu’elles vont réellement enrichir notre vision musicale. Je n’ai jamais vraiment apprécié le death brutal, à part quelque classiques, jusqu’à ce que BROKEN HOPE viennent mettre à mal ma vision des choses. Lorsque j’ai posé mes oreilles sur leur dernier album , j’ai tout de suite compris que des mecs avec une telle passion, je me devais de leur poser quelques questions. Quand j’ai reçu les réponses de Jeremy Wagner, je n’ai pas été déçu.

Entretien avec un passionné, comme on aimerait en rencontrer plus souvent.

Entretien complet.

Jeremy WAGNER BROKEN HOPE
Jeremy Wagner BROKEN HOPE

« Nous avons enfin le meilleur line-up de l’histoire de BROKEN HOPE et ça a facilité l’écriture du meilleur album de notre carrière. »

Gus : Bonjour et merci de prendre le temps de répondre à nos questions ! Pour nos auditeurs qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux nous en dire plus sur toi ?

Jeremy Wagner : Je suis Jeremy Wagner, guitariste et parolier en chef de BROKEN HOPE. Je suis également le dernier membre fondateur restant dans le groupe. A ce jour nous avons sorti sept albums studio, un live, deux DVDs et un EP. En 2018, ça fera trente ans de carrière, et ça a été un sacré voyage.

Gus : Tout d’abord félicitations pour ces trente ans ! Et aussi pour ce premier concert officiel à Paris, il était temps ! Ça vous fait quoi d’enfin venir jouer ici ?

Jeremy : Merci, j’en reviens pas que trente ans soient passés aussi vite. Pour moi c’est dingue. Je suis super excité de jouer à Paris pour la première fois. Depuis des années on passe partout en France, mais je sais pas pourquoi, jamais à Paris. Je suis déjà venu en vacances avec ma famille avant et j’adore cette ville ! La culture, l’art, la gastronomie, les gens… Tout est fantastique. Alors j’ai vraiment hâte d’y être, ça sera une date qui restera dans les mémoires.

Jeremy Wagner BROKEN HOPE

« Jeff (Hanneman) était un de mes héros et une inspiration majeure et le style des ses ESP est très similaire aux styles que j’ai toujours utilisé. »

Gus : « Mutilated And Assimilated » est le deuxième album enregistré depuis votre reformation en 2012. Il y a aussi eu des changements de line-up, avec les arrivées de Matt Szlachta à la guitare lead et Diego Soria à la basse. Qu’est-ce que leur recrutement a apporté au groupe au niveau de l’écriture et l’enregistrement, par rapport à « Omen Of Disease » ?

Jeremy : Nous avons enfin le meilleur line-up de l’histoire de BROKEN HOPE et ça a facilité l’écriture du meilleur album de notre carrière parce qu’on voulait tous sortir l’opus le plus heavy qui soit. Dans BROKEN HOPE, on est tous des professionnels et des frères, ce qui n’était pas le cas avant. Il y a deux choses à prendre en compte quand on écrit la musique de BROKEN HOPE et je vais te dire ce qu’elles sont. Les première c’est une mission qui vient de mon subconscient et qui me donne envie de toujours écrire le riff le plus heavy possible, parce que je suis guitariste et que je fais du death metal. J’adore les sons de guitare malsains et hyper lourds, les riffs brutaux qui écrasent tout. J’essaie toujours d’avoir la gratte la plus lourde possible et d’atteindre les riffs les plus balaises. Alors quand j’écris c’est toujours pour faire plus heavy qu’avant. J’essaie aussi de me renouveler. Quand tu as écrit à peu près une centaine de chansons de death sur plusieurs albums, tu pourrais croire que ne pas se répéter est un challenge mais quelle que soit ma muse, ou si un truc pareil existe, je la remercie de me donner de nouvelles idées et de nouvelles chansons. Je veux conserver la brutalité tout en faisant écouter des choses nouvelles aux gens. Maintenant pour le côté organique, je peux honnêtement te dire que je n’ai jamais écrit de façon aussi organique que sur « Mutilated And Assimilated ». Pour moi une « écriture organique », c’est une écriture qui vient du cœur. C’est complétement honnête, intègre et ce n’est que de la passion. La passion pour le death metal, et la passion pour BROKEN HOPE. Tout le groupe, les cinq membres, travaillent ensemble avec cet amour et cette passion. On bosse extrêmement bien ensemble, on s’influence mutuellement, on aspire à produire les meilleures chansons et à avoir l’album le mieux produit. Mec, on est aussi les meilleurs potes. On a la même vision des choses. C’est un BROKEN HOPE renouvelé qu’il n’y a jamais eu avant. Avant c’était trois gars qui vont dans une direction et deux dans une autre, qui ne partage pas notre passion. C’est la principale différence entre « Omen Of Disease » et « Mutilated And Assimilated », cinq mecs sur la même longueur d’onde. Damian, Mike et moi sommes dans BROKEN HOPE depuis notre retour de hiatus en 2011. On a Diego Soria à la basse et Matt Szlachta à la guitare, et j’aurais aimé les avoir dans le groupe dès le premier jour. Que ce soit au niveau musical, professionnel ou personnel, ce sont les meilleurs. La personnalité, c’est ce qui fait un groupe ou le détruit. On a tous la même personnalité, on est tous fait sur le même moule. Notre mission c’est d’être le meilleur groupe et d’écrire la meilleure musique possible et c’est ce qu’on a fait ensemble. C’est ce que je veux dire quand je parle d’écriture organique. Je n’ai jamais écrit un album comme ça, avec des frères, avec la passion, la camaraderie et un putain d’amour pour écrire une pure musique. C’est exactement ce qu’on a fait. Je pense que c’est ce qui rend notre nouvel album excitant et le fait sonner aussi bien.

Gus : J’ai lu dans d’autres interviews que vous avez enregistré dans ton studio personnel. Quel impact ça a eu sur votre façon de travailler votre musique ?

Jeremy : Ça nous a donné beaucoup de liberté et nous a permis de prendre notre temps pour enregistrer et perfectionner toutes nos idées. Comme on avait un environnement sans stress et un contrôle créatif complet, on a été en capacité de faire le meilleur album possible. Avoir mon propre studio nous a permis de bien mieux pratiquer l’art du death metal.

Gus : Tu as aussi travaillé avec des guitares du regretté Jeff Hannemann (SLAYER). Comment ça s’est fait ?

Jeremy : C’est Matt, de chez ESP qui m’a présenté à Kathryn Hannemann, la femme de Jeff. Elle allait mettre ces guitares aux enchères. Quand j’ai entendu ça, j’ai appelé Matt et je lui ai dit « Matt, c’est Jeff Hannemann et SLAYER qui ont fait de moi un guitariste extrême. Ce sont « Hell Awaits » et « Reign In Blood » qui sont à la base de tout pour moi, un catalyseur qui va bien au-delà de mon jeu de guitare, comme « Ride The Lightning » ». Jeff était un de mes héros et une inspiration majeure et le style des ses ESP est très similaire aux styles que j’ai toujours utilisé : corps en M, manche traversant et frettes en ébène. J’ai utilisé une de celles-là pour écrire et enregistrer « Mutilated And Assimilated ». Le magazine Guitar World a fait un article sur mon achat des guitares et quand le sujet vient sur la table, la plupart des gens pensent que j’en ai quatre ou cinq. Il y en a beaucoup plus. J’ai plusieurs ESPs faites sur mesure. J’ai les guitares hommages aux albums de SLAYER et d’autres plus anciennes d’autres fabricants. J’ai récupéré une grande partie de ce qu’il avait, y compris des amplis, du matériel et des effets personnels. Chez moi j’ai une pièce entière, un musée Hanneman. Au final j’ai utilisé deux guitares de Jeff exclusivement pour l’écriture et l’enregistrement de l’album et je l’ai dédié à la mémoire, l’âme et l’héritage de Jeff Hanneman.

Jeremy Wagner BROKEN HOPE

« On a voulu transmettre une attitude sans compromis et conserver notre intégrité tout en livrant un album de qualité supérieure. »

Gus : La première pensée que j’ai eu en écoutant l’album c’est qu’il transpire l’intégrité, l’honnêteté et une attitude sans compromis à chaque note. Est-ce que c’était le sentiment que vous vouliez transmettre avec ?

Jeremy : Je pense que c’est la meilleure période de l’histoire de BROKEN HOPE. Beaucoup de camaraderie, de fraternité et d’amour du death metal. Au final, cet état d’esprit et cette attitude a vraiment amélioré notre musique. Bien sûr, c’est toujours violent et sans répit mais on est tous d’accord sur comment nos chansons doivent tout défoncer et on veut produire des albums de grande qualité. Comme tu le dis, on a voulu transmettre une attitude sans compromis et conserver notre intégrité tout en livrant un album de qualité supérieure. D’une certaine manière on a réussi. J’aime penser qu’on l’a fait comme des frères, ça rend tout meilleur quand tous les mecs de ton groupe s’entendent aussi bien. Haha !

Gus : Le brutal death est un genre souvent associé à de la vitesse pure et une technique irréprochable. Mais en écoutant « Mutilated And Assimilated », j’ai senti que tout ça était en retrait par rapport à des riffs énormes et une lourdeur incroyable. Est-ce que ce sont les qualités que tu recherches dans une chanson ?

Jeremy : J’ai toujours été de l’école de la « puissance du riff ». Je crois que le riff surpasse tous les aspects de vitesse « regardez-comment je joue bien » dans le death metal. Comme tu le dis, les riffs et la lourdeur sont le plus important, ça a toujours été mon état d’esprit…

Gus : Ce qui m’a frappé sur cet album, c’est qu’on ne peut pas le prendre chanson par chanson, c’est plus un ensemble créé pour absorber l’auditeur et le dévorer pendant quarante minutes. C’est ce genre de cohérence que tu recherchais quand tu as composé ?

Jeremy : Pour faire court, oui. J’écris toujours de la musique avec l’idée que chaque morceau doit se distinguer et avoir une identité propre. Je n’aime pas non plus le remplissage… Je veux que chaque morceau que j’écris soit vraiment fort et unique tu vois ?

« On est des fans avant tout alors on joue ce qu’on aime entendre. »

Gus : Moi qui ne suis habituellement pas fan de brutal death metal, j’ai trouvé cet album étrangement accrocheur et je me suis surpris à y retourner plus souvent que je ne le pensais. Selon toi, qu’est ce qui fait que BROKEN HOPE marche auprès d’un public pas toujours amateur de death metal ?

Jeremy : D’abord merci de dire ça. Je suis toujours content d’arriver à faire changer quelqu’un d’avis sur le death metal, ou BROKEN HOPE, positivement. Comme je l’ai dit avant, le riff doit être important mais il doit surtout être accrocheur ! Quand tu entends un riff super heavy et marquant, il te reste dans la tête. Pense à ta chanson préférée de n’importe quel genre : elle a surement une mélodie ou un riff entêtant. C’est comme ça qu’on écrit, on trouve un riff accrocheur, on le rend heavy et voilà ! On tient un nouveau morceau. On est des fans avant tout alors on joue ce qu’on aime entendre. Haha !

Gus : J’ai aussi été intrigué par certaines des paroles de l’album. Est-ce que tu peux nous dire d’où viennent des titres comme « Russian Sleep Experiment » et « The Necropants » ?

Jeremy : En fait les deux idées viennent de notre chanteur Damian Leski et elles sont basées sur des faits réels. « Russian Sleep Experiment » parle de vraies expérience durant lesquels des sujets humains ont vécu l’enfer et les necropants sont de vrais pantalons faits de chair humaine, c’est lié à la sorcellerie Islandaise. Une paire est même exposée dans un musée en Islande.

Jeremy Wagner BROKEN HOPE

« L’engouement pour le death metal naissant m’avait surpris en 1988 et son retour pour la nouvelle vague me surprend beaucoup aujourd’hui en 2018! »

Gus : La pochette est superbe, en la regardant j’ai eu l’impression que La chose de John Carpenter avait été croisée avec l’Homme-Chose de l’univers Marvel. Comment a-t-elle été créée et choisie pour l’album ?

Jeremy : Je collabore depuis très longtemps avec notre illustrateur Wes Benscoter et il a créé ce brillant artwork, en lien avec le morceau éponyme. Ce titre en particulier est un hommage direct à la fois à « The Thing » de John Carpenter et la nouvelle originelle « Le ciel est mort » de John W. Campbell Jr. L’adaptation de Carpenter en 1982 est d’ailleurs très similaire à la nouvelle de 1938. Tout ça pour dire que le concept de The Thing, dans le film et l’histoire, m’a frappé comme aucun autre récit – écrit ou filmé. C’est mon film d’horreur préféré de tous les temps. Il est malaisant à chaque fois que je le regarde. Il n’y a plus d’idée originale dans l’horreur aujourd’hui et il n’y a jamais eu de meilleurs effets physiques depuis non plus. Du coup, je me suis senti obligé d’écrire une chanson et des paroles dessus. Et c’est plutôt cool que ça soit devenu le morceau titre. Je suis fier d’avoir rendu hommage à ce grand film et à John W. Campbell Jr.

Gus : Le groupe existe depuis 30 ans maintenant. Quand tu regardes en arrière, quelles sont les choses qui te surprenaient en 1988 qui te surprennent toujours aujourd’hui ?

Jeremy : L’engouement pour le death metal naissant m’avait surpris en 1988 et son retour pour la nouvelle vague me surprend beaucoup aujourd’hui, en 2018 ! Pour moi l’esprit reste le même, on veut toujours écraser le monde avec du gros death et s’éclater en le faisant. On le fait avec toute la passion qu’on a pour cette musique. Toujours à fond ! Il y a aussi un nouveau ressenti et du sang neuf dans le groupe qui rend les choses surprenantes. Le « ressenti » est différent cette fois-ci, c’est une ambiance et une atmosphère qui porte une nouvelle force positive et brutale. Le sang neuf du groupe fait de ce ressenti un truc sérieux et féroce. Matt et Diego apportent une vraie passion pour leurs instruments et le death dans BROKEN HOPE – en même temps que la camaraderie et la positivité que j’ai mentionnée. Je n’ai jamais expérimenté ça dans le groupe avant et je suis reconnaissant d’avoir ce line-up et cette vraie amitié. Je crois qu’avec le temps j’ai muri et je maitrise vraiment mon art – écrire de la musique et des paroles. J’ai développé un sixième sens pour ce qui sonne bien pour moi dans un riff ou un enregistrement, et ce qui va perfectionner les paroles que j’écris pour une chanson pour les rendre marquantes, succinctes et mémorable. J’adore être un guitariste et un écrivain. Je crois que j’ai une voix – une voix musicale et une voix d’auteur – tout comme un compositeur et un auteur confirmé en a une. Je ne veux pas paraître arrogant, j’ai encore beaucoup de chemin à faire, même après toutes ces années, mais je progresse et je crois que mes « voix » sont plus distinctes et plus originales qu’auparavant. Il y a aussi pleins de nouveau groupes de « millenials », mais pour je ne sais quelle raison ils restent sur des terrains déjà explorés par les pères fondateurs. Ceci étant dit, j’ai l’impression que le death metal est plus populaire que jamais et ça me surprend aujourd’hui. Je découvre qu’il y a des milliers de mômes qui viennent de découvrir le death et adorent les vieux groupes et des milliers qui découvrent le death metal mais pensent que c’est une nouvelle forme de deathcore. C’est marrant et ça me donne envie de donner un cours d’histoire du death à tout le monde ! Sous sa forme actuelle, le death est plus fort que jamais. Les groupes classiques sont toujours aussi bons et ce sont eux qui ont fait de 2017 le meilleur cru depuis longtemps : IMMOLATION, ORIGIN, OBITUARY, DYING FETUS, SUFFOCATION, BEHEMOTH, SIX FEET UNDER et bien d’autres. J’avoue que ça me rend très heureux. Il n’y a rien de plus puissant que le death et le grindcore. Je vis et respire cette musique, ça ne changera jamais. J’en ai fait ma vie parce que c’est un style qui me procure un plaisir auditif et un exutoire comme aucun autre. Il n’y a personne de plus loyal à un style que la communauté death metal. Comme je le disais c’est cette culture de fraternité qui le fait vivre et respirer. Tu vois les mêmes têtes à des festivals et des concerts autour du monde. Ce genre est important pour les gens, c’est une grande part de leurs vies, j’aime ça et je ne le considère pas comme acquis. Je suis avant tout un fan de death metal.

BROKEN HOPE Band Photo

Gus : Chez Real Rebel Radio, on a une petite tradition : toutes nos interviews se terminent par des questions « moins sérieuses » et les voila : d’abord, quelle a été la meilleure chose qui te soit arrivée après un concert ?

Jeremy : La meilleure c’est quand je suis sorti de scène en 2012 après un concert à San Francisco et que Kirk Hammett de METALLICA m’attendait dans les loges ! Il était venu voir BROKEN HOPE et il a adoré. Un de mes héros était là et je n’arrivais pas à y croire.

Gus : Quel est le pire album que tu ais acheté ?

Jeremy : J’avais acheté un truc pour un ancien collègue… le groupe AQUA. Ils avaient cette chanson « Barbie Girl » ou je sais pas quoi. Horrible.

Gus : Si tu pouvais jouer une date où tu voulais, quel lieu choisirais-tu ?

Jeremy : J’adorerais jouer au stade de Wembley, complet bien sur, c’est le rêve ultime.

Gus : Si tu pouvais remonter le temps et choisir la chanson jouée pendant le big-bang, tu prendrais quoi ?

Jeremy : Ça serait forcément « Raining Blood » de SLAYER. Imagine ça pendant le big-bang !

Gus : Merci pour tes réponses, c’était ma dernière question. Est-ce que tu aurais un dernier mot pour nos auditeurs ?

Jeremy : Oui ! Un grand merci et bravo à tous nos fans. Et un grand merci à vous pour cet super interview ! J’espère que vous viendrez tous voir BROKEN HOPE en concert et que vous viendrez me dire bonjour !

Pas de podcast.


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