CHICAGO – Le concert de l’été ?

Ecrit par le 2 août 2014

Il y a des semaines dont on sait qu’elles vont nous marquer à vie. Jugez plutôt. Lundi, découverte en avant-première du nouvel album de CHICAGO. Mardi, confirmation de l’interview et du concert. Jeudi interview dans les coulisses de l’Olympia avec Lee Loughnane (trompette) à peine 2h avant leur seule date à Paris. Mais surtout, pour la première fois, j’ai l’occasion de voir l’un des plus grands groupes de l’histoire du rock sur scène pour 2 sets de 1h chacun.

CHICAGO

C’est donc avec une ferveur non dissimulée que je pénètre pour la première fois dans la plus connue des salles parisiennes : L’Olympia… Et ses fauteuils trop petits pour les plus d’1m90… bon tant pis, on cale ses genoux et on se rappelle pourquoi on préfère les salles où l’on est debout pour un bon concert de rock. L’endroit se remplit doucement mais surement et le flux des spectateurs n’est pas achevé alors que les lumières s’éteignent.

Dès les premières notes de « Questions Of 67 & 68 » on comprend qu’on va se faire rouler dessus par un big band dont la synergie est à couper le souffle. C’est simple tout est parfaitement réglé (certes après 46 ans de concerts, il serait dommage que ça ne le soit pas mais quand même), le son est un poil trop fort mais clair à souhait, et chacun remplit son rôle à la perfection.

Neuf musiciens se partagent la scène avec une telle aisance que l’on perd cette impression de nombre. La disposition scénique est pour ça très intéressante : un clavier est posé sur une estrade, à gauche de la batterie, elle-même à gauche des percussions (bongos, congas, etc…) alors que tous les autres instruments sont avancés et répartis sur l’avant de la scène. Pas de décoration ou de pyrotechnie, un backdrop minimaliste, tout est placé sous le signe de la musique, le jeu de lumière est sobre, aux couleurs chaudes et élégantes, et c’est parti pour deux heures (et 20 minutes d’entracte) de plaisir absolu.

Robert Lamm est dans une forme olympique. Il pilote l’ensemble sans pour autant tirer la couverture à lui. Sa voix tout comme son toucher de clavier très distincts n’ont rien perdus de leur superbe et le voir en action est un plaisir continu. Lou Pardini est le complémentaire parfait de Lamm, lorsque l’un est mélodique l’autre est rythmique, et vice versa, mais surtout il possède un timbre de voix à tomber par terre et sa performance vocale sur l’ensemble du concert me laisse bouche bée. Autre chanteur de la soirée : Jason Scheff s’attaque depuis 1995 à toutes les parties de Peter Cetera. S’il est impeccable avec une basse dans la main, son chant semble parfois étonnamment criard, bien que toujours juste. Toutefois sur un conseil de Shyanna à l’entracte, j’enfile des bouchons d’oreille et miracle, le son est encore meilleur qu’il ne l’était précédemment et la performance de Jason Scheff prend une nouvelle ampleur encore plus impressionnante.

Les changements de chanteurs étant l’une des marques de fabrique de CHICAGO, plus il y en a mieux c’est et le quatrième n’est autre que Lee Loughnane, qui dégage au micro cette même aura qu’en interview. C’est un vrai plaisir que de le voir s’amuser avec James Pankow et Walt Parazaider (respectivement trombone et Saxophone). Ces trois-là infusent à toutes leurs parties une énergie presque adolescente et légère, ils s’amusent comme des gamins (surtout lorsque Walt Parazaider sort le saxophone piccolo) et c’est en partie grâce à eux que j’afficherais toute la soirée un sourire radieux.

Au rayon des surprises, Keith Howland est un guitariste bluffant. S’il sait se rendre quasiment invisible dès lors qu’un de ses collègues chante, chacun de ses solos rehausse encore le niveau déjà fabuleux des compositions (mention spéciale à « I’m A Man » et à l’acoustique de « Beginnings », absolument délicieuse). Si l’on ajoute à cela une rythmique impeccable et une fluidité continue, on tient un autre point positif de la soirée.

Enfin, la cerise sur le gâteau : la section rythmique. Tris Imboden et Walfredo Reyes Junior sont deux génies. Imboden assure derrière sa batterie et offre au groupe un pilier métronomique sur lequel se reposer. Jamais trop fort, jamais trop doux, toujours à doser parfaitement chacun de ses coups de batteries tandis que Walfredo Reyes saupoudre, grâce à sa virtuosité sur chaque percussion disponible, de petites touches de génies tout ce qu’il tape. Lorsqu’arrive le solo de « I’m A Man », les deux musiciens nous offrent un duel qui mérite toutes les ovations du monde, et qui achève un public déjà conquis.

Mais au-delà de performances individuelles remarquables, le déroulement du concert est parfaitement irréprochable. Ainsi la première partie débute sur les chapeaux de roues avec deux extraits de leur premier album « Chicago Transit Authority ». On s’oriente ensuite sur l’ensemble de la carrière de CHICAGO en mettant l’accent sur un certain nombre de tubes parmi les plus FM de la formation. Ainsi « If You Leave Me Now » et « Will You Still Love Me ? » sont les points forts de cette première heure marquée par la puissance de « Now » extrait du 36ème album des américains, un titre qui se marie à la perfection à ses prédécesseurs. Cette heure défile sans que l’on voie le temps passé et les enchainements sont si fluides que lorsque s’achève « Ballet For A Girl In Bucchannon », on a l’impression d’avoir écouté une seule longue pièce épique et d’en avoir eu pour notre argent.

Par contre c’est réellement après l’entracte que les choses passent à la vitesse supérieure. Étrangement elles le font en démarrant par « America » qui, si elle me paraît un peu longue sur album, est ici un tube absolu, nouvel incontournable du répertoire de CHICAGO. Les solos sont de plus en plus nombreux, tout devient plus énorme et épique. Le son se fait de plus en plus dense, à mesure que l’on avance dans les chansons. Les musiciens passent l’un après l’autre sous les feux de la rampe, enchainant prouesse sur prouesse sur des tubes intemporels (« Nous avons deux publics, celui qui s’est marié sur cette chanson, et celui qui a été conçu dessus », dira Robert Lamm à propos de « Just You’n’Me »). La ballade « Hard To Say I’m Sorry » est toujours aussi magnifique, et prend ici une nouvelle couleur, moins mielleuse et plus tamisée. Son enchainement avec « Feelin Stronger Everyday » me fait réaliser que l’énergie dégagée par le groupe se fait plus puissante et qu’elle submerge le public qui tient de moins en moins en place, se levant pour aller se coller à la scène sur « 25 or 6 to 4 », dernier morceau de la soirée.

Néanmoins je ne tirerais pas mon chapeau au public qui, non content de se montrer indifférents aux nouveaux morceaux (pourtant déjà sortis depuis plusieurs semaines), ne se réveille réellement que pour les plus gros tubes. Certains enchainent photo avec flash sur photo avec flash (pour moi le summum de la mauvaise éducation), se mettent debout alors que le reste de la salle est assis (et bloquent la vue de tout le monde) et marchent presque sur les gens installés sur les strapontins à cause d’un manque d’attention évident. Un gros mauvais point qui n’a toutefois pas semblé déranger le groupe surement habitué à pire… mais qui a surement vu beaucoup mieux en 7 000 concerts.

Ce soir j’ai assisté à une démonstration. Un concert d’anthologie dont je regrette seulement qu’il se soit terminé, tant tout ce que j’ai vu démontre la puissance d’une formation ayant réussi, malgré des arrangements de cuivre jamais entendu, à se faire une place dans l’inconscient collectif. A bientôt, je l’espère.

Setlist CHICAGO :
Non communiquée.

Lien vers le site du groupe

Crédit photos : Shyanna

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