JESUS VOLT – Vaya Con Dildo

Ecrit par le 7 avril 2013

On a toujours le sentiment que les radios ne se sont pas remise des « grands » groupes de rock des années 70 et 80, laissant trop peu de place aux nouveaux talents… Si vous ajoutez à cela une loi imposant un quota minimum de 40% de chansons d’expression française (depuis 1996), vous avez les raisons pour lesquelles de trop nombreux groupes Français, chantant en anglais, sont totalement absents des médias de notre bon vieil hexagone et de ce fait transparents pour le public. JESUS VOLT est certainement l’un de ces groupes injustement méconnus.

Avec 5 albums au compteur et plus de 1000 concerts en 13 ans d’existence, le groupe n’était jamais parvenu à mes petites oreilles de néophyte, avant le petit dernier « Vaya Con Dildo » sorti en mars dernier.

JESUS-VOLT-Vaya-Con-Dildo-Pochette

Sorti le 27/03/2013 sur Grounded Music.

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Tracklist :

01. Give Hate / Get Love
02. Have A Cookie
03. Sweet Smell Of Summer
04. I Just Wanna Get Hurt
05. All Aboard
06. Kilmister
07. Vaya Con Dildo
08. Just Another Man
09. Riding Upon The Clouds
10. Devil Out Of Me
11. Even Shadows

Line-up :

Lord Tracy (Chant)
El Tao (Guitare)
Fuzy Bear (Basse)
Holy Bear (Batterie)

JESUS-VOLT-Band

Paris, Texas... made in France.

Premier constat, j’ai dû vérifier que j’avais affaire à un groupe français. La production signée Mark Opit, producteur australien d’INXS et de quelques albums d’AC/DC, est tout bonnement magnifique, mettant en valeur les accents hyper bluesys de la musique du quartet. C’est simple, j’ai cru, pendant un bon moment écouter un album de ZZ TOP, tant la guitare transpire le Texas et le sud des Etats-Unis. El Tao livre tout au long de cette galette une performance impeccable, marquée de superbes moments comme le riff simple mais redoutable de « Give Hate, Get Love » ou celui tout aussi efficace de « Vaya Con Dildo », morceau éponyme à la fois blues et groovy comme rarement. Ce sont surtout les accords délicats et chauds du fabuleux « Devil Out Of Me » qui font mouche à chaque fois et démontrent une vraie connaissance du blues de sa part.

Mais il n’est pas le seul à marquer cet album, Holy Bear, le batteur, est un autre artisan de cette vraie bonne surprise du début d’année. Doté d’une frappe à la fois puissante et délicate, forte sans être violente, il fait de cet album de blues un véritable album de la route. Dès qu’on lance « Have A Cookie » ou « Sweet Smell Of Summer » on est transporté sur l’Interstate 66 entre Houston et El Paso. La frappe du batteur marque les roulements du moteur de façon quasi-métronomique, créant ainsi la base idéale pour que le reste des musiciens viennent se greffer et suivre le mouvement qu’il initie. C’est flagranté sur le petit hommage au dieu du rock and roll, Lemmy Kilmister en personne à travers le morceau « Kilmister » ou le batteur livre une performance énergique et entêtante qui fera immanquablement taper du pied n’importe quel auditeur.

Fuzzy Bear, bien que très discret et souvent curieusement mis en retrait n’est pas non plus en reste, ses lignes de basses restant l’ingrédient principal de ce son finalement très américain. L’introduction de « Devil Out Of Me » ou celle de « I Just Wanna Get Hurt » et sa partie rythmique ultra carrée, démontrent qu’on est devant un véritable artisan de l’ombre, discret mais essentiel aux fondations du groupe.

Pour ce qui est des compositions, en règle générale on évolue dans un blues rock assez classique, qui ne modifie pas vraiment la donne du genre. L’ensemble s’enchaine assez bien sur les premiers morceaux, le duo « Have A Cookie » et « Sweet Smell Of Summer » lançant vraiment l’album sur la bonne trajectoire. Le reste est parsemé d’excellents tubes qui raviront les aficionados, « Kilmister », son rythme enlevé et ses paroles excellentes (« Can’t kill mister rock and roll, rock and roll is mister kilmister »), le coquin « Vaya Con Dildo » au rythme entêtant ou encore la perle rare de cet album, « Devil Outta Me » lent sans jamais être lourd, simple sans être simpliste, magnifique pièce catalysant tout le talent du groupe et valant à elle seule, la découverte de JESUS VOLT. Pour le reste, on enchaine entre le plaisant (« Give Hate Get Love », « All Aboard », « I Just Wanna Get Hurt »), l’ultra classique et malheureusement déjà entendu « Just Another Man », mais surtout la faute de gout en clotûre d’album : « Even Shadows » titre poussif et un poil lourdingue sur lequel le groupe abandonne son apparente simplicité pour livrer un morceau bien trop classique, singeant les grands du blues rock et rebondissant tant bien que mal après un « Devil Outta Me » qui aurait largement pu terminer l’ensemble.

Lord Tracy, enfin, reste mon plus gros point d’indécision dans JESUS VOLT. Sa voix m’a littéralement transportée à certains moments et m’a laissé indifférent à d’autres. « Have A Cookie » et « Sweet Smell Of Summer » sont les meilleurs exemples de ce que peut faire le chanteur au meilleur de sa forme, tandis qu’un « Just Another Man » finit par donner l’impression qu’il sombre parfois dans la facilité et se laisse aller à ce qu’il sait le mieux faire sans se renouveler (jusqu’à ce que « Devil Out Of Me », à nouveau, le montre dans un registre bluesy particulièrement agréable à mes p’tites oreilles de chroniqueur). A lui seul finalement, il fera ou défera l’impression que l’on a de cet album, en faisant soit une vraie réussite, soit un échec retentissant.

En définitive, JESUS VOLT propose un album solide qui, sans être parfait, remplit parfaitement son office d’opus blues rock agréable et conventionnel, et on se surprendra, cheveux aux vents, vitre baissée et tous chromes rutilants, à en fredonner les meilleurs morceaux. Surprenant par sa maturité, on déplorera par contre certains moments de trop grande simplicité qui viennent tacher un peu l’ensemble et font que le quatuor parisien manque de très peu la qualification d’excellent album. Reste qu’une production impeccable, un vrai talent d’écriture et des musiciens visiblement talentueux font de « Vaya Con Dildo » un album recommandable en ce début de printemps morne.


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