NEUROSIS – Times Of Grace

Écrit par sur 17 juillet 2011

« Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre. » – Albert Camus

Oui, commencer une chronique par une citation c’est cliché. Mais quand une citation est parfaitement propice à l’album dont on va parler, ça serait dommage de s’en priver. Car chroniquer un album de NEUROSIS, c’est toujours s’attaquer au désespoir. Et ce pour de nombreuses raisons. Dépressifs et névrosés s’abstenir. Attention ça va faire mal.

NEUROSIS Times Of Grace Cover

Sorti le 04/05/1999 sur Relapse Records.

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Tracklist :

01. Suspended In Light
02. The Doorway
03. Under The Surface
04. The Last You’ll Know
05. Belief
06. Exist
07. End Of The Harvest
08. Descent
09. Away
10. Times Of Grace
11. The Road To Sovereignty

Line-up :

Scott Kelly (guitare, chant, percussions)
Steve Von Till (guitare, chant, percussions)
Dave Edwardson (basse, chant, moog)
Noah Landis (claviers, samples, manipulation sonore, chant)
Jason Roeder (batterie, percussions)
Kris Force (violon)
Jackie Gratz (violoncelle)
Jon Birdsong (instruments à vents)

NEUROSIS Full band

L'espoir est un luxe que seuls les fous peuvent s'offrir.

Existant depuis 1985, NEUROSIS sort son 5ème opus « Through Silver and Blood » en 1996, album qui acheve de les consacrer comme l’un des groupes de doom/sludge les plus innovant et unique de la scène d’alors. Avec une musique d’une rare puissance, malsaine, sombre et déprimante sans jamais, les américains se sont imposé comme l’un des groupes les plus extrêmes du milieu des années 90.Et avec « Times Of Grace », croyez-moi, la lumière est encore très loin d’apparaître.

NEUROSIS se fait encore ici prophète d’une apocalypse désespérante. Pour les cinéphiles, cet album pourrait servir de bande originale au film La Route, c’est à peu près la même ambiance.

La première chose qui frappe c’est la production, impressionnante, sans faille. Tout est faire pour rendre justice à la noirceur maladive qui se dégage de chaque instant. Chaque note, de chaque instrument (y compris les samples, les claviers et les instruments à vents) est parfaitement identifiable et perceptible, ce qui plonge toujours plus l’auditeur dans les tréfonds de son âme.

NEUROSIS band 1999

Car la musique de NEUROSIS n’est pas sombre, non elle va bien au-delà. Le timbre si particulier et reconnaissable de Steve Von Till, hurlement rocailleux mâtiné de quelques vociférations possédées, atteint sur « Under The surface » des paroxysmes de violence et de rébellion. Pour un résultat qui même après de nombreuses écoutes me colle encore des frissons et des terreurs nocturnes. Il est à tour à tour malsain, violent, dur, puissant. Dès qu’il commence la moindre ligne de chant on se retrouve face à un mur de haine et de colère.

L’une des autres forces de NEUROSIS c’est de savoir faire appel à toutes sortes d’instruments pour donner une autre dimension à sa musique. Ainsi la cornemuse torturée de « Descent », la bombarde se lamentant sur « The Last You’ll know », résonnent encore dans ma tête comme un appel à la tristesse et aux larmes. Sur ces instruments rebondissent à nouveau des rythmes plombés et des riffs acérés, augmentant encore le sentiment d’oppression, la sensation de s’enfoncer encore et toujours dans les recoins des instincts les plus sombres de l’humanité.

Les rares breaks, bouffées d’oxygène salvatrices venant nous rappeler que la respiration n’est pas un automatisme, ne sont en réalité qu’un moyen d’emprunter une autre route vers le désespoir, « Away » dont la fin arrive comme une chape de plomb sur l’auditeur en est le parfait exemple tant les 5 premières minutes sont belles à en pleurer. De même l’introduction de « Times Of Grace », montant en puissance vers l’un des riffs les plus lourds et les plus violents que j’ai jamais entendu.

En définitive, que retenir de cet album ? Une thérapie puissante, brutale et impitoyable, sorte d’exutoire malsain à la dépression, la colère et la rage dont on ne ressort pas indemne, car chaque note résonne encore dans la tête plusieurs heures après l’écoute. Si cette musique retentit lors de l’apocalypse, je ne serais pas surpris. La référence du postcore, sombre, torturé et violent.

NEUROSIS a encore atteint la perfection d’un genre dont il est le maitre. Un album passionnant mais dont l’accès ne saurait se faire sans aucun dommage.

 

 

P.S. : L’écoute simultanée de cet album et de « Grace » de TRIBES OF NEUROT vous ouvrira l’accès à un troisième album. Le résultat est déroutant.


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